VOICI POURQUOI LA FRANCE NE PEUT PAS GAGNER UNE CONFRONTATION MILITAIRE DIRECTE AVEC LE CAMEROUN, AU CAMEROUN. de Jean-Paul Pougala

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Étienne de La Boétie, ce penseur de la renaissance française n’a que dix-huit ans lorsqu’en 1549, dans son premier livre intitulé « Discours de la servitude volontaire », il affirme ceci : « on ne regrette jamais ce que l’on n’a jamais eu ».

Un peuple ne peut pas regretter ce qu’il n’a jamais connu. Cinq siècles d’esclavage des Africains par les Européens ont été très longs, trop longs. Je me suis souvent demandé comment cela était possible que les Européens aient pu tenir en esclavage le peuple africain pendant une période aussi longue. Et puis, c’est la Boétie qui me donne la réponse. En effet, à bien y regarder, lorsque les premières générations d’Africains ont été défaites et réduites en esclavage, il est naturel que les deuxièmes soient nées, aient grandi et soient mortes dans l’esclavage. Elles ne pouvaient nullement regretter la liberté ou autre chose que leur servitude, leur seule et unique réalité. Et donc, une fois dépassé un certain nombre de générations, ils ne se sont même plus battus. Pourquoi l’auraient-ils fait ? Pour quel objectif ? Puisqu’ils ne connaissaient que la servitude ?




Pour La Boétie, il est tout à fait naturel que les personnes qui n’ont jamais connu autre chose que la servitude « servent sans regret et fassent volontairement ce que leurs pères n’auraient fait que par contrainte ». Donc, la première raison pour laquelle ces « hommes servent volontairement, c’est qu’ils naissent serfs et qu’ils sont élevés comme tels ». Voilà les propos d’un adolescent de 18 ans en 1549. Comparez-les à ceux d’un député français de 54 ans (Thierry Mariani) le 06 mai 2014 à propos du kidnapping par la secte créationniste islamiste Boko Haram, de plus de 200 lycéennes nigérianes et de la menace de les vendre : « c’est la preuve que les Africains n’ont pas attendu les Européens pour pratiquer l’esclavage ». On a là, la preuve même que certainement, le niveau d’intelligence des Européens qui nous ont réduit en esclavage était certainement supérieur à celui de nos ancêtres qui n’ont donc pas pu se défendre convenablement devant la ruse des hôtes. Avec le temps, on peut aussi constater que ce niveau d’intelligence française s’est nettement dégradé s’il faut comparer La Boetie à un élu de la République française comme Thierry Mariani, ou même au chef de l’Etat français, François Hollande qui a confisqué l’Ambassade de la République de Syrie à Paris, renvoyer l’ambassadeur pour l’attribuer aux Djihadistes qu’il interrompt ses vacances pour venir nous promettre de les combattre en Irak. C’est toujours le même qui va annoncer triomphalement de punir la Russie avec ses sanctions économique, avant de découvrir un mois après que si en Russie, personne ne s’était rendu compte de ses sanctions, chez les agriculteurs français, tout le monde sais avec son porte-monnaie que le président Russie a décidé des sanctions. Avec le temps donc, on peut constater que le niveau de raisonnement européen est au plus bas, alors que les africains montent en gallon, sans pour autant que cela se traduisent par une véritable prise d’autonomie de ces derniers. Et pourquoi ?

J’avais annoncé le titre de cette leçon au mois de décembre 2013. J’ai attendu 5 mois pour faire la leçon en classe à ISMA et 8 mois pour la rendre publique. Ces 8 mois m’ont servi à étudier l’impact sur la population camerounaise de la servitude volontaire envers la France. Le titre était bien clair : « Le Cameroun battrait la France en cas de confrontation militaire ». En ces 8 mois, j’ai reçu une infinité de courriers pour la plupart me demandant de confirmer qu’il ne s’agissait que d’une blague ou d’une provocation. Dans tous les cas, tous ceux qui m’ont écrit étaient plutôt stupéfaits, incrédules, confus, curieux de découvrir par quel miracle le Cameroun aurait été capable de battre la France sur le plan militaire.




Comme l’on peut constater, aucun des intervenants ne me dira que j’ai peut-être raison si je leur dis qu’avec la cyberguerre, un petit pays peut battre un autre plus grand. Ou bien qu’avec l’exemple afghan, le plus fort n’est pas toujours assuré de battre le plus faible. Pour toutes ces personnes, il est acquis que la France battrait le Cameroun, quelles que soit les conditions. On peut donc dire sans se tromper que la vraie victoire que la France a aujourd’hui sur le Cameroun est d’ordre psychologique des Camerounais restés mentalement esclaves, soumis depuis leur naissance à l’exécution du commandement français, aux règles et à l’ordre français. Ceci donne raison au penseur suisse Jean-Jacques Rousseau qui a écrit dans son livre « Le Contrat social » ceci :
« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, à moins qu’il ne transforme sa force en droit, et l’obéissance en devoir».
Aujourd’hui, ce droit s’appelle « francophonie », ou encore « école française » à laquelle se bouscule presque toute l’élite intellectuelle camerounaise qui a les moyens de faire étudier ses enfants en France. Cette stratégie très gagnante (pour la France) prépare la route à l’obéissance volontaire des futures générations d’intellectuels camerounais, qui, comme leurs parents avant eux, encensés par un diplôme français, d’une école prestigieuse en France, rentreront au Cameroun et continueront à perpétrer la « force française » en droit universel et l’obéissance à la France en devoir absolu. C’est cela aujourd’hui, la triste réalité de la servitude volontaire dans presque toute l’Afrique dite « francophone », comme pour marquer d’un cachet indélébile, la soumission à un maître donné comme une partie intégrante de l’identité africaine contemporaine.




En février 2014, j’ai eu la désagréable surprise en rencontrant la communauté camerounaise dans les restaurants camerounais du quartier Château rouge à Paris de découvrir qu’il y avait comme un mot magique dans la bouche de mes interlocuteurs camerounais qui voulaient m’épater ou me démontrer qu’ils comptaient pour quelque chose ; et c’était la phrase : « j’ai rendez-vous à l’Élysée ». Pour ces personnes, jamais la question n’était posée de savoir en quoi ils comptaient dans la politique ou l’économie du pays où ils payaient leurs impôts, la France. Mais, c’était juste important d’avoir participé à un gala ou un meeting à la présidence de la République française. Et les présidents français ne s’en privent pas. C’est ce qui va expliquer une certaine arrogance dans leurs propos et une certaine condescendance lorsqu’ils parlent de l’Afrique. Le dernier en date est le 11 mai 2014, lorsque le président Hollande depuis Bakou dans le Caucase où il se trouve en visite officielle, comme solution à la secte Boko Haram au Nigeria, publie un communiqué pour proposer un forum avec les chefs d’État africains devant se tenir à Paris le samedi suivant, soit le 17 Mai 2014, pour parler de la sécurité en Afrique. Aussitôt dit, aussitôt fait. Mais, j’ai mis des heures à chercher le lien de cette proposition avec le kidnapping des 200 lycéennes du Nigeria, pour lesquelles il convoquait le séminaire, et je n’ai pas trouvé. Qu’importe, lui-même savait qu’il n’y avait aucun lien, mais qu’inviter les présidents africains à Paris, c’était plutôt chic et ces derniers allaient certainement courir pour venir, même sans regarder derrière, comme on le dit au Cameroun. Et sans surprise, ils ont tous répondu « présent Monsieur », comme on le faisait à l’école primaire. Je me suis demandé si à l’Elysée on partage des bonbons à ces « écoliers » africains. Le président Hollande l’avait déjà fait en décembre 2013 et ils sont tous venus, sans que cela contribue dans une faible mesure à éviter ces faits de sécurité au Nigeria. Mais qu’importe, le maître a parlé. C’est le même scénario honteux qu’on fait tous les ans pour les humilier au sommet du G8 devenu G7 et ponctuellement, ils courent sans regarder derrière. Cela uniquement parce que quelqu’un a génériquement promis de résoudre tous leurs problèmes, sans qu’ils se demandent si celui qui fait cette promesse a réussi à appliquer sa recette chez lui et à s’aider lui-même d’abord.



MAIS QU’EST-CE QUI EXPLIQUE CETTE SUBALTERNITE ENFANTINE DE CERTAINS DIRIGEANTS AFRICAINS A LA FRANCE ?

A cette question, vous ne trouverez la réponse dans aucun livre d’histoire, puisque tout est secret, confidentiel. Alors, nous devons utiliser une technique infaillible que les historiens utilisent largement pour venir à bout de certains secrets d’Etat. Et ça marche à tous les coups. Cette technique consiste à guetter les Mémoires des personnes impliquées dans les faits qu’on veut analyser. Et la chance veut qu’en 2004, un livre est publié aux Editions du Seuil à Paris, avec un titre très évocateur : « Ministre de l’Afrique », d’un certain Maurice Robert. Pour savoir qu’il s’agit d’un livre d’une importance capitale, il faut savoir qui est cet anonyme Maurice Robert. Il est un ancien responsable Afrique du Sdece, les services secrets français et ce livre n’est pas un roman racontant de la fiction, mais ses Mémoires relatant des faits avérés. Nous allons ainsi découvrir dans ce livre comment les chefs d’Etat Africains sont contrôlés par la France et ne sont nullement libres de leurs mouvements. Pour y parvenir, Robert nous raconte sa propre vie professionnelle comme espion en Afrique pour surveiller les chefs d’Etat Africains. Il nous explique dans son livre comment il y parvient : il crée d’abord une structure qu’il baptise lui-même PLR pour Poste de Liaison et de Renseignement. Le PLR a deux fonctions : former les espions du pays africain où il est installé, mais c’est surtout son deuxième rôle qui nous intéresse : « surveiller les activités du Président de la République, local, auquel il a accès 24h/24 ». Le seul fait d’avoir accès à un chef d’Etat africain 24H/24 par un espion français est la preuve que ce dirigeant ne peut pas sous quelque prétexte que ce soit, s’écarter de la ligne de l’administration qu’on attend de lui à Paris ou à Londres, puisque les Britanniques vont utiliser les mêmes systèmes pour contrôler les dirigeants des pays africains anciennement leurs colonies. C’est aussi la preuve que parler de démocratie en Afrique est un véritable leurre et tous ces débats et tiraillements entre le parti au pouvoir et l’opposition n’est qu’un cirque bien structuré où chacun crie selon les décibels que la France ou le Royaume Uni leur ont accordés au préalable. Tout cela avec son cortège de journalistes et pseudo experts qui vont avec, expliquant les élections 2 ans avant qu’elles ne se tiennent comme étant le miracle qui va tout changer et continuant à l’expliquer 2 ans après leurs tenues que c’est un tel ou un autre tel à tel poste ministériel qui ferait le bonheur de tous les citoyens. L’espion français Robert, le vrai metteur en scène de toute cette comédie, nous explique dans son livre qu’il en a décidé autrement et donc que tout ce charabia qu’on voit à longueur de journée sur les plateaux de télévision parlant d’Afrique ne sont que des bruits pour faire tourner ces télévisions.
Robert va plus loin. Il nous explique que le PLR est accompagné dans son travail par un juriste français avec les fonctions occultes de conseiller juridique du chef d’Etat africain. En réalité, selon Monsieur Robert, son vrai rôle est celui de se charger de tout l’enfumage avec les mots juridiques appropriés qui vont occuper, mouvementer et rythmer la scène politique du pays africain.




Et avec tout cela, comment le Cameroun peut-il battre la France sur le plan militaire ?
En 2008, survient quelque chose qui va venir modifier la donne, et cette chose s’appelle « la crise économique et financière ».
Dans le rapport de force entre les pays européens et l’Afrique, qui semblait figé entre maîtres et esclaves, la crise économique des années 2008/2009 a eu pour effet positif de contribuer à donner à certains pays africains le courage qui leur manquait pour arracher leur vraie indépendance. C’est dans ce contexte que des stratèges camerounais vont profiter d’une France affaiblie par cette crise économique pour marquer des points pour une indépendance irréversible du Cameroun de la France. Leurs actions vont nous amener à tronquer la citation de Rousseau de tout-à-l’heure en deux pour ne rester qu’avec la première partie, c’est-à-dire :
« Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître ».
Avec les analyses qui vont suivre, je vais vous démontrer qu’entre le Cameroun et la France, les apparences peuvent être trompeuses, car les stratèges camerounais ne se sont pas arrêtés en si bon chemin de la première partie de la citation de Rousseau. Ils sont allés plus loin et, à mes yeux, celui qui symbolise le mieux ce parcours est un penseur de la renaissance britannique, un certain Hobbes (1588-1679) qui écrit en 1651 dans son livre sur la théorie de la souveraineté, « Le Leviathan » ceci :
« Le plus faible a assez de force pour tuer le plus fort ».
L’histoire démarre en 2007, lorsque le 6 mai Nicolas Sarkozy arrive au pouvoir en France. Il promet tous azimuts qu’il va tuer dans l’œuf la Françafrique. Il va prononcer un discours à Dakar le 26 juillet 2007 qui va tout changer. Pour les Africains, ce discours est une insulte. Mais pour beaucoup de stratèges africains, c’est plutôt une très bonne chose. Et ils ne vont pas rater une si belle occasion. Ils savent tous que Nicolas Sarkozy à Dakar a fait un faux pas. Et à force de se justifier, il est en train de se fragiliser. Pire, pour prouver qu’on l’a mal compris à Dakar, le président français va multiplier les gestes et les déclarations pour mettre les Africains à l’aise. Désormais, rien ne sera plus comme avant. Et ce sera paradoxalement ce discours qui va finalement être le point de départ d’une nouvelle libération de l’Afrique. En effet, lorsque le président français comprend qu’il a fait sans doute le plus grand faux pas de sa vie politique, il va chercher à se montrer plus humaniste que jamais avec les Africains. Il va abonder de messages gentils envers l’Afrique :
« Je sais que les Africains détestent les leçons de morale.»
« La France n’a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique (…) je vais procéder à la révision des accords de défense avec l’Afrique et ils ne seront plus confidentiels ».




C’est cette dernière phrase qui va allumer un clignotant à Yaoundé et Monsieur Sarkozy sera pris au mot. Dans cette situation de grande faiblesse, il devient pour le président Paul Biya ce que le président Gorbatchev en Union Soviétique avait été pour les Américains. Plus Gorbatchev voulait prouver aux Américains qu’il était un démocrate et plus ces derniers en profitaient pour l’affaiblir jusqu’à arriver à démanteler une partie du pays. Monsieur Biya comprend très vite qu’avec Sarkozy, son heure a sonné et qu’il peut finalement devenir un vrai président pour le Cameroun. Mais comment faire ? Puisqu’il avait promis de ne plus se présenter à la présidence du pays ? Peu importe, on va tenter le tout pour le tout.
En octobre 2007, sur les ondes de la radio publique française RFI, il jure que la modification de la constitution n’est pas à l’ordre du jour. Mais Nicolas Sarkozy aidant, les choses vont se précipiter à Yaoundé. Ainsi, le 31 décembre 2007, lors des vœux télévisés de Nouvel An à la nation, voici ce que déclare le président Biya :
« L’article 6.2, qui limite les mandats présidentiels à deux, constitue une limitation à la volonté populaire qui s’accorde mal avec l’idée même du choix démocratique (…) Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre Constitution qui mériteraient d’être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population »
La phrase est lâchée, la constitution sera modifiée pour permettre à Biya de briguer un nouveau mandat de 7 ans. C’est l’ambassadrice américaine à Yaoundé Janet Garvey qui est la première à déclamer son opposition face à cette éventualité. Ce sont les câbles rendus publics par Wikileaks qui vont nous révéler que Madame Garvey a passé toute l’année 2007 et le début de l’an 2008 à rencontrer un par un les membres du gouvernement camerounais pour les sonder et leur poser la même question sur l’éventualité de la succession de monsieur Biya. Ceci montrant bien son inquiétude de voir Paul Biya modifier la Constitution et se représenter. Pourquoi un pays dit ami peut-il à ce point s’intéresser à qui va gouverner ou non le Cameroun ? Peu importe. La musique est jouée et les acteurs vont tous entrer en scène et danser au rythme de la chanson démocratique entonnée par l’ambassadrice américaine à Yaoundé.




Désormais, ce sont les Camerounais de tout bord qui vont descendre dans la rue, et ce, jusqu’aux artistes qui vont jouer la musique du refus américain. Certains iront jusqu’à s’installer dans le hall d’entrée de l’ambassade des États-Unis pour une grève de la faim, secondant ainsi l’ambassadrice américaine et demandant donc au président Biya de ne plus se présenter. Le 23 février 2008, c’est le principal parti d’opposition qui organise une manifestation contre la modification de la constitution pour permettre à Monsieur Biya de se représenter à la présidence de la République. Jusqu’au 29 février, la grogne va gagner tout le pays, mais pour des motifs d’augmentation de 1% du prix du carburant.
Ce que les manifestants ne savent pas durant ces jours-là, c’est que l’avenir de Paul Biya et du Cameroun tout entier sont en train de se jouer à quelques milliers de kilomètres, plus au sud du pays. Nous sommes le 28 février 2008, devant le parlement sud-africain dans la ville du Cap, le président français Nicolas Sarkozy tient un discours devant les parlementaires sud-africains où il annonce officiellement la révision des accords militaires de la France en Afrique dite francophone. Il va encore déclamer sa phrase fétiche :
« La France n’a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique (…) je vais procéder à la révision des accords de défense avec l’Afrique et ils ne seront plus confidentiels ».
Son homologue sud-africain, le président en fin d’exercice Thabo Mbéki, va le remercier chaleureusement de cette annonce, mais il va ajouter une phrase assassine : « Cela fait partie de la suite du processus de décolonisation en Afrique ». Une déclaration qui constitue une véritable confirmation du fait que les pays africains, dits indépendants en 1960, ne l’ont jamais été. Et nous allons voir plus loin pourquoi. Mais pourquoi une telle annonce peut-elle changer l’avenir du Cameroun ? Et que feront les stratèges de Yaoundé ? Pour répondre à ces questions, voyons un peu d’histoire.



ACCORDS DE DÉFENSE MILITAIRE ENTRE LA FRANCE ET LE CAMEROUN

Dans son livre intitulé « Les bamiléké au Cameroun: Ostracisme et sous-développement », à la page 159, Thomas Tchatchoua nous donne des détails très croustillants, même si tristes, très tristes de l’environnement dans lequel ont été signés par Amadou Ahidjo, tous les accords post-indépendance avec la France, y compris les fameux accords militaires. Il en résulte qu’après avoir fait écarter les Camerounais qui étaient avec Ahidjo, tous les conseillers chargés de négocier les accords avec la France étaient des Français. Ainsi, selon cette source, les accords de défense entre le Cameroun et la France ont été négociés, côté camerounais, par deux Français : Jacques Rousseau et Georges Becquey. C’est-à-dire que le pays France a négocié avec 2 Français, représentant le Cameroun de l’avenir du Cameroun. Un vrai cirque.
Et que stipulent donc ces accords confidentiels de défense entre le Cameroun et la France ?
Dans ces accords, « en échange de la protection militaire de la France », il est imposé au Cameroun de suivre les quelques indications suivantes :
a) Informer la France de la politique que les politiciens camerounais entendent suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, ainsi que des « mesures qu’ils se proposent de prendre pour l’exécution de cette politique » ;
b) Faciliter, au profit des forces armées françaises, le stockage des matières premières et produits stratégiques; et lorsque les intérêts de la défense l’exigent, « limiter ou interdire leur exportation à destination d’autres pays » ;
c) Le Cameroun doit réserver en priorité la vente de ses matières premières et produits stratégiques à la République française, après satisfaction des besoins de sa consommation intérieure, et s’approvisionner en priorité auprès de la France, etc.
Ces accords confidentiels mentionnent même une liste de matières premières dites stratégiques qui appartiendront de fait à la France s’ils sont découverts sur le sol camerounais, notamment : les hydrocarbures liquides et gazeux, l’uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, l’hélium, etc. De peur qu’à l’avenir, la science identifie certains minerais qui ne figuraient pas sur la liste, la France a pris soin de signifier que cette liste pouvait encore s’allonger sans trop de complication, en ces termes : « les modifications à cette liste feront l’objet d’échanges de lettres entre les parties contractantes ».
En des mots plus simples, avec ces accords signés par 2 Français sous la présidence d’Amadou Ahidjo, en 1960 et renouvelés en 1974, le sous-sol du Cameroun appartient à la France. On comprendra seulement bien après que même ce qui était au-dessus du sol appartenait aussi à la France, comme les plantations de café et de cacao, d’où le risque de prison pour toute personne qui tentait de couper ces plantes pour les remplacer par quelque chose de plus rentable. Et ce n’est qu’en 2009, après la signature des nouveaux accords que les Camerounais sont devenus libres de se débarrasser de ces plantations ingrates et inutiles que sont le café, le cacao et le coton.



NOUVEAUX ACCORDS DE PARTENARIAT DE DÉFENSE OU ACTE DE DIVORCE

La constitution du Cameroun est modifiée en mars 2008 et Biya peut se présenter à nouveau. Mais au même moment, il va jurer à ses interlocuteurs français et américains qui veulent son départ qu’il ne va plus se représenter. Tout ce qu’il veut maintenant, c’est l’abolition des accords de défense avec la France.
Le 21 mai 2009, bingo ! C’est fait. C’est par communiqué de presse que nous avons été informés de la signature à Yaoundé entre le Président du Cameroun, Paul Biya et le premier ministre français François Fillon d’un accord instituant un « partenariat de défense ». C’est un texte composé de 28 articles et d’une annexe, lui-même en 11 articles. Lorsqu’on compare ce texte à celui de 1974, et à celui signé en même temps, ou après, entre la France et d’autres pays africains, on peut dire que c’est l’acte officiel de divorce entre le Cameroun et la France. Il s’agit en effet d’un texte très vague, composé de grands principes propres à la diplomatie de la langue de bois, reprenant pour l’essentiel les accords-cadres de Lisbonne de 2007 entre l’Union européenne et l’Union africaine.
Qu’est-ce qui change entre l’ancien et le nouvel accord ?
– Avant, pendant 50 ans, il s’agissait des : « accords de défense et de coopération technique militaire », condamnés à rester secrets. Désormais, c’est plus court, ce sont les « accords de partenariat de défense ».
– Avant, les accords étaient confidentiels. Désormais, ils sont publics, tout simplement parce qu’il s’agit dans ce cas d’un vrai accord de divorce et nous allons voir pourquoi.
– Toute la partie de contrainte pour le Cameroun et des matières premières dites stratégiques devant revenir automatiquement à la gestion de la France a tout simplement été supprimée des accords. Ce qui en langage du quartier Briqueterie à Yaoundé, veut dire que ce n’est que depuis 2009 que le Cameroun est réellement devenu indépendant et que Monsieur Biya n’est en réalité président du Cameroun que depuis cette année-là, pouvant donc librement disposer du sol camerounais sans l’accord préalable de la France. C’est ce qui explique la frénésie des contrats tous azimuts avec la Chine, ce qui était tout simplement impossible il y a 10 ans, lorsque l’Angola par exemple profitait de la manne chinoise pour relancer son économie.



UN ACCORD DE VRAI DIVORCE

À l’article 2 alinéa 2, on nous donne même le nombre maximum de militaires français qu’il peut y avoir sur le sol camerounais. Et ce nombre est de 15. L’accord va plus loin. Il nous indique même le travail de ces 15 militaires français présents sur le sol camerounais : ils doivent s’occuper uniquement de la logistique.
Il est même indiqué que si un militaire français vient au Cameroun former les Camerounais, il est obligé de porter la tenue militaire camerounaise et non française.
Un dernier détail montre que Biya voulait vraiment en découdre avec la France : le précédent accord avait une durée de 50 ans. Désormais, le nouvel accord n’a de validité que 5 ans renouvelable.
Il a été validé par le parlement français sous François Hollande en 2012, et donc, expire en 2017.
Question : Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t’il accepté de signer un tel document aussi défavorable à la France ? Réponse : Sarkozy jusqu’à la fin de son mandat ne va pas soumettre ce texte au parlement français et il faudra attendre 2012, avec la venue au pouvoir de François Hollande, pour que cela se fasse. Paul Biya avait tout simplement fait croire qu’il pourrait céder aux pressions de Paris et Washington et ne pas être candidat aux élections présidentielles de 2011. Celui qui aurait dû venir après lui et remettre en question tous ces accords, attend encore très certainement dans un bureau, dans un aéroport, dans un hôtel ou dans une prison quelque part. Et les médias français relayés par leurs homologues camerounais naïfs qui auraient dû bombarder aux oreilles des Camerounais de l’exceptionnalité de ce sauveur de la patrie, devront attendre 2017. Le seul problème est qu’en 7 ans de vraies libertés de mouvement des dirigeants camerounais, le pays est en train de se transformer en un véritable eldorado, grâce surtout à la nouvelle donne créée par les investissements chinois. C’est à ce titre que le choix des autorités chinoises et camerounaises d’inaugurer le chantier du port en eau profonde de Kribi avec une première enveloppe chinoise d’1 milliard de dollars, la veille même des élections présidentielles d’octobre 2011 n’était pas un pur hasard.




Nous verrons dans la deuxième partie comment la nouvelle donne a permis au Cameroun de lier de nouveaux accords stratégiques avec la Russie et la Chine et comment les nouveaux accords militaires avec ces 2 géants, font qu’en cas de conflit entre le Cameroun et n’importe quel pays, même la France, la confrontation serait bien loin de ce qu’on a vu avant en Côte-d’Ivoire ou en Libye. Et surtout, qu’aucune résolution des Nations Unies ne pourrait mettre le Cameroun en difficulté, puisque le double véto Russe et Chinois serait bien au rendez-vous. Dans l’est de l’Ukraine, ces jours, nous vivons un avant-goût d’une probable confrontation militaire entre la France et le Cameroun, où le gouvernement central de Kiev soutenu par les USA et l’UE n’arrive pas à plier les faibles séparatistes soutenus par Moscou.

Jean Paul Pougala

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